2013 Les Arbres ont bougé pendant la nuit, collectif Musique en Friche

2013 Les Arbres ont bougé pendant la nuit, collectif Musique en Friche

http://www.musique-en-friche.com/

Nicolas Souchal : trompette
Julien Martin : voix
Sylvain Marty : percussions
Sébastien Cirotteau : prises de son
 
enregistrement  juillet 2011
montage : collectif
mixage : Sébastien Cirotteau
 

Une semaine de jeu, d'improvisations, de prises de sons, d'écoutes, en intégrant à notre pratique les lieux et moments traversés. Puis une période de composition : mémoire onirique mettant en relation  espaces et temps, sons bruts et réalité filtrée, évocations naturalistes et jeu instrumental.

 

CHRONIQUES

 

Jean-Léon Pallandre – Revue & Corrigée
 
Ce CD propose un parcours d’écoute en six pièces où les quatre artistes (trompette, voix, percussion, microphones) improvisent dans et avec différents lieux et moments aux alentours de Bellenaves (Allier). L’auditeur est invité à trouver son plaisir autant dans le développement du jeu instrumental (matières de souffles, frottements, chant frisant le râle ou le cri, plongées dans les combinaisons d’harmoniques, précipitations de micro-événements dans des rythmes serrés…) que dans la relation fine et toujours mouvante qui se dessine entre ce jeu des musiciens et les particularités acoustiques de chacun des espaces traversés. Par un cadrage soigné et précis, et la mise en œuvre d’un geste en mouvement à la prise de son comme au mixage, Sébastien Cirotteau construit ses images sonores et nous emmène dans son écoute de ce qui a lieu. Tirant profit des moindres nuances de résonances, des arrières plans sonores, ou mêmes des bruits de microphonie que peut provoquer le vent et qui font ici totalement partie de la musique, il grave l’empreinte choisie de l’acte musical des instrumentistes explorant le lieu.
 
 
 
Franpi Barriaux - Citizen Jazz  
 
Lors d’un duo avec le tromboniste David Audinet, Vitesse locale, le percussionniste Sylvain Marty avait déjà montré un goût pour les masses brutes et quelque peu sauvages qu’il convient de travailler à plusieurs sans pour autant dépouiller la musique son côté abrupt. En compagnie du trompettiste Nicolas Souchal et du chanteur Julien Martin, tous membre du collectif auvergnat Musique en friche, il applique à la lettre ce penchant pour une certaine rudesse en transposant sa musique au cœur de la forêt, aidé en cela par le preneur de son et par ailleurs poly-instrumentiste Sébastien Cirotteau, qu’il convient d’intégrer au cœur de ce qui est donc un vrai quartet. 
Les arbres ont bougé pendant la nuit a le côté ténébreux et vaguement pernicieux des forêts plongées dans la pénombre quand la magie n’est jamais loin. C’est l’ambiance de « Colza nuit », lente pérégrination zébrée par le jeu d’embouchure de Souchal et les peaux de tambours effleurées de Marty qui se confondent avec le vent. La voix polymorphe de Martin va du borborygme à l’incantation aux allures chamaniques. Elle accompagne les états changeants des éléments, qui se mélangent et s’affrontent dans une forme d’agitation inexorable, tout en étant fondamentalement naturelle. Sans préméditation, mais avec une grande énergie. Cet art brut en constant mouvement fait suite à une ballade dans les « sous-bois », où la trompette trille avec les oiseaux au-dessus d’un marasme sombre et enchevêtré. Capté lors d’une résidence à Bellenaves, au centre de l’Allier verdoyant, l’album doit beaucoup aux ambiances captées par Cirotteau, terreau indispensable sur lequel les musiciens improvisent de nouveau. Sur un morceau comme « Viaduc », ils jouent avec l’espace pour donner encore plus de relief à un propos déjà très dru. Lancée dans un tourbillon où l’on se retrouve parfois perdu, la musique ploie tour à tour sous la pluie des percussions et les cataractes de la voix. Elle souffle entre les feuilles, progresse et se répand. Elle fleurit ou se contracte pour revenir à l’état de nature, emportant tout sur son passage. Musique en friche, au sens strict. 
 
 
 
Luc Bouquet - Le son du grisli  
 
Pendant une semaine, Nicolas Souchal (trompette), Julien Martin (voix), Sylvain Marty (percussions) et Sébastien Cirotteau (prise de son) ont rôdé à travers champs et sous-bois. Ils ont enregistré les vents, les oiseaux, les insectes. Ils ont joué en proximité ou en éloignement. Ils ont raclé les bidons. Ils ont concassé, écartelé. Trouvé quelques roulis précieux. Ils ont chanté – jamais vociféré –, étreint le circulaire. Ils ont écouté le rossignol et griffé le silence. La trompette s’est élevée et a claironné quelque vert éden. Voix et vent se sont croisés. Puis, ils se sont retrouvés en studio. Ont composé d’autres zones. Ont brouillé les pistes. Ont fait du mystère un territoire d’appel(s). Et surtout : ont dépassé les sphères du convenu et de l’attendu.